Dernière modification : 06/01/2017 (Le site ne traite plus que de Strasbourg)
Thème graphique : Pâques Changer de style

La prière

Auteur : Abbé C. Gouyaud

Auteur

On parle souvent aujourd’hui d’exercices de méditation où l’on fait abstraction de tout objet, même divin. Quelle est la valeur d’une telle « prière » ?Et Qui, en perspective chrétienne, prier ? Dieu en général ou telle personne divine ?

Concernant notre quête spirituelle, commençons avant tout par réintroduire des compléments d’objet direct là où les slogans ne retiennent que des actions ! Ainsi, ne s’agit-il pas de « chercher » purement et simplement (« être en recherche » de qui, de quoi ?), mais de chercher Dieu. On ne prie pas en faisant abstraction de Celui que l’on prie. Il nous faut ici en revenir à la psychologie d’Aristote et de saint Thomas d’Aquin où les actes sont toujours spécifiés par des objets. Ne rien sentir, c’est ne pas sentir. Ne prier personne, c’est ne pas prier. Il faut prendre garde de ne pas se regarder prier, au nom d’un souci méthodologique excessif ! Quant à se prendre soi-même comme objet de méditation, c’est la perversion de la prière : cela commence en introspection et finit en mégalomanie !

Il convient ensuite de prier Dieu sur un mode personnel. La prière ne consiste jamais à spéculer, par des considérations générales, relevant de la philosophie ou de la science théologique, sur Dieu à la troisième personne (Il) mais à s’adresser directement à lui, en des épanchements intimes, à la deuxième personne (Tu/Vous). Pensons, pour illustrer ce point, à la définition de la prière par sainte Thérèse d’Avila : « cet entretien, ce commerce cordial, ce coeur à coeur avec ce Dieu qui nous aime et dont on se sait aimé. » En christianisme, la chose nous est rendue facile par le fait que nous adorons un Dieu qui n’est pas panthéistique et impersonnel mais qui est transcendant et personnel, et même tri-personnel. Ainsi pouvonsnous initier dès ici bas, sous l’action de l’Esprit Saint, un dialogue interpersonnel avec chacune des personnes divines.

Le Seigneur nous a appris à prier le Père. Le Pater structure ainsi la prière chrétienne. Nous pouvons aussi prier l’Esprit – mais n’est-ce pas plutôt Lui qui prie en nous par des gémissements inénarrables ? Il nous est donné aussi de nous adresser au « Nous divin », à la Trinité qui habite dans l’âme du juste (Jn 14, 23 : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons en lui et nous y ferons notre demeure »). Soulignons ici la dimension christocentrique de la prière.

En se faisant chair, Dieu invisible s’est rendu visible. Si la foi continue à voiler la Déité qui fait l’objet de la vision béatifique, il n’empêche que nous avons désormais un modèle divin, tangible par son humanité, en la personne du Verbe incarné. L’exercice de la prière nous en est facilité. Grâce à la révélation, nous pouvons d’ores et déjà contempler les traits du visage de Celui que nous prions. En Jésus, cependant, non seulement Dieu se dessine – à l’image de l’homme, mais nous sommes introduits dans une relation d’amitié : « Je ne vous appelle plus serviteurs… mais amis » (Jn 15, 15). Ainsi la vie chrétienne consiste-t-elle finalement à passer du coeur à coeur avec Jésus au face à face avec Dieu.

Comment prier le Christ ? Nous proposerons ici une méthode simple d’oraison.

Première étape. Il est difficile de ne pas partir de notre vie, surtout quand des préoccupations ou des épreuves nous troublent ou nous obsèdent. La tentation serait ici de renoncer à prier parce que nous n’avons pas l’esprit suffisamment dégagé. Mais nous savons que la règle d’or de la vie spirituelle est de convertir les obstacles en moyens. Partons donc de ce souci qui m’agite ou me mine, y compris d’ailleurs ma situation de pécheur. Le Psalmiste ne prie-t-il pas lui-même dans des circonstances où son existence se trouve heureusement ou dramatiquement engagée ?

Deuxième étape. Au fait, Seigneur Jésus, avez-vous vous-même connu semblable tribulation ? Par exemple, je vis péniblement telle situation d’injustice. L’avez-vous, Jésus, un jour ressentie ? Je vous contemplerai donc, tel que la Parole de Dieu vous présente, dans votre vie cachée, dans votre ministère public ou dans votre Passion/résurrection, dans vos faits et gestes, dans vos paroles et vos silences, dans ce qui est patent et dans vos dispositions intérieures. Puisque vous avez assumé toutes mes faiblesses, hormis le péché, certes, mais y compris ma situation de pécheur (2 Cor 5, 21 : « Lui qui était sans péché, Il l’a fait péché pour nous »), il est clair d’abord que je ne suis pas seul dans mon épreuve. Vous me comprenez et vous compatissez. Mais comment avez-vous vécu cette épreuve semblable à la mienne ? Par exemple : Comment avez-vous, Jésus, supporté l’injustice ? Avec révolte ? En ruminant la vindicte ? Non ! Avec patience et en pardonnant. Ici, parmi les sentiments que l’objet divin, c’est-à-dire la personne du Christ, suscitera en moi, je cultiverai notamment celui de l’admiration. Si l’admiration, aux dires d’Aristote, se trouve au point de départ de la recherche philosophique, elle l’est aussi à celui de la quête spirituelle. Ce qui aide, évidemment, c’est que nous avons un Seigneur admirable ! Pensons à tous ces points d’interrogation utilisés par saint Augustin dans ses Confessions à propos des mirabilia Dei !!!

Troisième étape. Je veux moi-même vous imiter dans vos vertus puisque vous avez partagé mon épreuve. Je m’exercerai à mon tour à la longanimité et à la miséricorde, par exemple, en prenant des résolutions concrètes à réaliser aujourd’hui (le demain est mortifère en matière de résolution), de telle sorte que ce soit vous, Jésus, qui soyez vertueux en moi – puisque nous ne faisons jamais que participer de votre unique sainteté. Ainsi, après avoir été l’objet de ma contemplation, alors que je m’adresse à vous comme à un vis-à-vis, un sujet, une personne, vous devenez, Seigneur, le sujet de mes actions et de mon existence. Je puis alors dire en vérité : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20) ou encore : « Pour moi, vivre, c’est le Christ » (Phil 1, 21). Avons-nous vraiment conscience que c’est là tout l’enjeu de notre foi ?

Mentionnons ici, au passage, qu’il est une prière dont Jésus est le sujet même – et non seulement l’objet -, c’est la liturgie et, singulièrement, la messe. N’est-ce pas le Christ luimême qui prie quand l’Eglise chante les psaumes inspirés, qui célèbre quand l’unique sacrifice accompli « une fois pour toutes » (cf. Hb 9, 26) sur la croix est rendu sacramentellement présent sur les autels de telle sorte que, selon l’expression très juste du cardinal Ratzinger, le Christ est le « sujet de la liturgie » ?

Abbé Christian Gouyaud

Cet article est protégé par le droit en vigueur en France.
L'abbé Christian Gouyaud est le titulaire exclusif de l'intégralité des droits de propriété intellectuelle.
Toute reproduction, modification ou diffusion, sans autorisation expresse écrite de L'abbé Christian Gouyaud, constitue une contrefaçon passible de sanctions pénales.
Pour toute demande veuillez contacter le webmestre en cliquant ici.

Tous droits réservés | Croix glorieuse © 2017 | Réalisation : Xavier-Nicolas Stoffel
Nos réseaux :