Dernière modification : 06/01/2017 (Le site ne traite plus que de Strasbourg)
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Les vertus théologales

Auteur : Abbé C. Gouyaud

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Savons-nous que, à l’instar de l’ordre naturel où l’homme est doté d’une âme, principe de vie, et de facultés, comme l’intelligence et la volonté, Dieu, dans l’ordre surnaturel, gratifie l’homme d’un véritable organisme : la grâce, qui est notre participation à la nature divine (2 P 1, 4), et les vertus « infuses », c’est-à-dire répandues par Dieu et non « acquises » par la discipline de l’homme ? Notons en passant que ces deux vies, naturelle et divine participée, ne se superposent pas comme si, de fait, l’homme avait deux destinées ultimes, l’une à la mesure de ses propres forces et l’autre qui transcende sa capacité. L’homme n’a qu’une seule fin dernière, le bonheur de contempler Dieu face à face, vision bienheureuse dont il a d’ailleurs un désir ancré au plus profond de sa nature, même si le tragique de son existence tient dans son inaptitude radicale à atteindre par ses seules ressources cet unique but qui le dépasse. La grâce sanctifiante « proportionne » en quelque sorte l’être de l’homme à l’être divin duquel il est appelé à participer. Elle est un véritable principe de vie surnaturelle en nous. Quant aux vertus infuses, soit elles guident notre conduite selon la foi - et ce sont les vertus morales -, soit elles adaptent les facultés intellectuelle et volontaire à l’Objet divin lui-même, et ce sont les vertus théologales.

La foi est ce don divin qui élève notre intelligence à la connaissance des mystères du Royaume et qui conforte notre volonté à adhérer à ce vrai, qui est aussi notre bien, malgré le caractère non évident de ces mystères, sur la base du témoignage autorisé du Christ, en lequel Dieu s’est révélé et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. En ce sens, selon He 11, 1, « la foi est la substance des réalités qu’il faut espérer, l’argument de ce qui n’est pas apparent ». L’autorité de Dieu qui se révèle est bien le motif profond de notre foi, le « pourquoi je crois », au-delà de l’attrait exercé sur moi par tel aspect ou telle vérité de la foi. Sous ce rapport, croire en Dieu est plus décisif encore que croire à Dieu ! L’Eglise, quant à elle, n’est que la servante ou le ministre de l’objet de la foi qu’elle propose par mandat divin, qu’elle interprète authentiquement et dont elle « désenveloppe » les virtualités sous l’assistance de l’Esprit Saint. La liberté est au coeur de l’acte de foi : je veux croire, même s’il est clair que c’est la grâce qui me donne de vouloir croire.

L’espérance est cet autre don divin qui fait tendre notre volonté vers le Royaume mystérieux perçu par la foi et qui est le bonheur des élus. Comme l’espoir humain, l’espérance chrétienne porte sur un bien futur, c’est-à-dire non encore possédé, ardu, soit difficile à obtenir, mais possible. L’espérance considère le bonheur du Royaume sous son double aspect d’accessibilité et d’appropriation : le salut est proche de moi ! Incroyable espérance ! Notons que l’espérance ne se méprend pas sur le moyen d’obtention d’un tel bien : non pas nos propres forces, ce qui réduirait l’espérance à la présomption, mais les mérites de Jésus-Christ. Le motif profond de l’espérance, qui la rend inébranlable au milieu des combats de la vie chrétienne, c’est la fidélité de Dieu en sa promesse (cf. He 10, 23) de nous donner sa grâce en ce monde et le bonheur éternel dans l’autre. Cette fidélité de Dieu est telle que sa promesse vaut déjà consécution ! L’espérance est joyeuse car l’attente non seulement n’est pas vaine mais est une véritable anticipation du bonheur désiré. L’espérance est tension eschatologique, dynamisme de l’au-delà, qui nous fait aimer les choses du ciel et ne pas nous attacher à celles de la terre. Mais le matérialisme et l’hédonisme, qui saturent les désirs inférieurs de l’homme, peuvent atrophier le seul appétit qui vaille : celui de Dieu. N’est-ce pas là le drame de l’homme moderne ?

La charité nous donne de pouvoir aimer Dieu et notre prochain. Cette vertu nous rend capable d’observer les deux commandements qui contiennent toute la Loi. L’amour à l’égard de Dieu se doit d’être premier (Dieu, premier aimé !), exclusif à son niveau (sans concurrence, à moins de verser dans une forme d’idolâtrie), holistique (engageant toutes les dimensions de l’homme). L’amour du prochain présuppose l’amour de soi : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 39). Comment aimer son prochain si l’on se méprise soi-même ? Et comment s’aimer soi-même si ce n’est en saisissant le regard d’amour que Dieu porte sur chacun d’entre nous ? La Loi évangélique nous invite du reste à aimer notre prochain plus que nous-mêmes : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés (Jn 15, 12), c’est-à-dire jusqu’à donner votre vie pour votre prochain. Ces deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain n’en font qu’un parce que, en Jésus-Christ, Dieu s’est fait notre prochain ! L’identité de ces deux commandements se réalise surtout dans l’amour à l’égard de ses ennemis - le pardon – (cf. Mt 5, 44) où il est patent que le prochain n’est aimé que pour Dieu. La charité est « le lien de la perfection » (Col 3, 14). Plus qu’un don divin, la charité est Dieu qui donne et Dieu donné : « La charité de Dieu a été diffusée dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné

» (Ro 5, 5). L’hymne à la charité de saint Paul (1 Cor 13, 4-7) est plus qu’une description saisissante de cette vertu théologale : le portrait de l’âme de Jésus.

S’agissant des rapports entre les vertus théologales, saint Paul affirme clairement : « A présent, les trois demeurent : foi, espérance et charité, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité » (1 Co 13, 13). La foi cèdera la place à la vision béatifique et l’espérance sera accomplie dans la possession du souverain bien, tandis que « la charité ne passe jamais » (1 Cor 13, 8). L’explication de saint Thomas d’Aquin est profonde : « La foi et l’espérance atteignent Dieu sans doute, mais selon qu’à partir de lui nous provienne ou la connaissance du vrai [la foi] ou la possession du bien [l’espérance], tandis que la charité atteint Dieu luimême, pour être établi en lui et non pour que de lui quelque chose nous provienne » (Somme de théologie, IIa-IIae Q. 23, a. 6).

Pourquoi chercher les attitudes fondamentales de notre prière ailleurs que dans les actes de ces vertus théologales, puisque celles-ci nous « adaptent » à Dieu lui-même ?

- Mon Dieu, je crois en Vous ! Venez en aide à mon peu de foi ! (cf. Mc 9, 24). S’il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens, du moins les petits chiens sous la table mangent-ils les miettes des enfants (cf. Mc 7, 27-28) : je crois que la miette est au pain ce que la parcelle est à l’hostie : vous êtes présents dans la partie autant que dans le tout : il n’y a pas de petites grâces ! Je crois en votre grâce. Je crois en votre Parole qu’il suffit que vous profériez pour que les choses soient faites (cf Lc 7, 7-8). Donnez-moi de pouvoir témoigner de ma foi dans le monde pour en devenir la lumière (cf. Mt 5, 14) !

- Mon Dieu, j’espère en Vous ! Ayez pitié du pécheur que je suis (Lc 18, 13). J’espère en votre miséricorde. Quand je m’égare, vous venez à ma recherche (cf. Lc 15, 4). Quand je veux me soustraire à votre vue, comme l’enfant prodigue, voici que vous ne me perdez quant même pas des yeux, tels le père du fils en question, et que votre regard me fait revenir dans la maison où vous célébrez mon retour dans la liesse (cf. Lc 15, 11-25). J’espère parce vous me pardonnez soixante dix fois sept fois (cf. Mt 18, 22) et que votre coeur transpercé par mes péchés, au lieu de se refermer, laisse s’épancher des flots de miséricorde (cf. Jn 19, 34). Faites de moi un témoin de l’espérance !

- Mon Dieu, je vous aime. Ne m’avez-vous pas aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10), sans rien en moi qui déterminât votre amour ? Car vous n’aimez pas les êtres parce qu’ils sont bons mais ils sont bons parce que vous les aimez et les constituez dans leur être et leur bonté ! Vous m’avez aimé jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1), du plus grand amour qui se puisse concevoir, jusqu’à donner votre vie pour moi. Vous m’avez fait l’insigne honneur de m’introduire dans votre amitié, me donnant de prendre part à votre vie intime (cf. Jn 15, 13-15). Donnez-moi de poser ma tête sur votre poitrine (cf. Jn 13, 25), comme votre disciple bien aimé ! Donnez-moi de vous aimer dans mon prochain ! Que mon coeur à coeur avec Jésus sur cette terre s’épanouisse en face à face avec la Trinité dans l’éternité !

Abbé Christian Gouyaud

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