Dernière modification : 06/01/2017 (Le site ne traite plus que de Strasbourg)
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Le mystère

Auteur : Abbé C. Gouyaud

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Parmi les mots-clefs de notre foi figure en bonne place celui de « mystère ». Un christianisme qui, pour être « adulte » ou « critique » ou « moderne », abolirait la dimension du mystère, serait tout simplement vidé de sa substance. L’histoire de l’Eglise est traversée de façon récurrente par la tentation du rationalisme. A l’aube du XXe siècle, certains catholiques ont cru eux-mêmes devoir passer le contenu de la foi au crible de la conception réductrice que l’on se faisait alors de la science, soit l’autonomie à l’égard de tout critère extrinsèque comme le serait une révélation. Le scientisme a la vie longue, au moins sous la forme de préjugé tenace, et il apparaît toujours aujourd’hui que même la métaphysique, qui renvoie à une réalité transcendante pourtant naturelle, est reléguée au rang de l’irrationalité. N’est-ce pas cette raison atrophiée qui, selon Benoît XVI lors de la conférence de Ratisbonne, est incapable d’entrer en dialogue avec les religions ?

Le clair-obscur de la foi

Le mystère est au centre de notre foi. L’objet surnaturel de notre foi (comme l’Incarnation, la Trinité), en effet, excède la capacité de notre raison à en démontrer l’existence avant la Révélation et à en rendre compte de façon exhaustive même après la Révélation. Pour autant, ces mystères qui sont au-dessus de la raison ne sont pas contre la raison – autre thème essentiel abordé par Benoît XVI à l’Université de Ratisbonne. Ainsi notre raison, éclairée par la foi, peut parvenir « à une certaine intelligence très fructueuse des mystères, soit grâce à l'analogie avec les choses qu'elle connaît naturellement, soit grâce aux liens qui relient les mystères entre eux et avec la fin dernière de l'homme » (Vatican I). De là cette bipolarité permanente du mystère de foi : caché par nature à notre intellect selon notre statut actuel d’oiseau nocturne qui ne peut regarder le soleil en face ; connu par révélation dans la mesure où nous devons (mais Dieu reste libre de se révéler) être instruits de ce qui regarde notre salut pour que nous lui ordonnions nos intentions et nos actions comme à notre fin.

La sacramentalité

Dans l’Eglise, le mystère s’exprime en terme de sacramentalité, soit un va et vient constant entre le visible et l’invisible. Saint Paul suggère que l’Incarnation est la révélation et la manifestation d’« un mystère enveloppé de silence aux siècles éternels » (Rm 16, 25-26). L’humanité visible et tangible du Christ est ainsi la voie d’accès à la divinité ineffable. La contemplation du mystère du Christ peut se prolonger en méditation sur la sacramentalité de l’Eglise : ce que la nature humaine assumée est à la Personne (divine) du Christ, l’Eglise dans sa triple charge visible de l’annonce de la foi, de la célébration du culte et du service de la communion l’est à l’Esprit Saint. Il faut savoir gré au Concile Vatican II d’avoir mis en évidence la structure sacramentelle de l’Eglise – mystère. A partir de l’Eglise considérée comme « sacrement - source », institution permanente, s’épanouissent, comme autant d’actions passagères les sept sacrements.

La parabole

Le recours par Jésus au genre parabolique rend compte du double aspect secret/dévoilement inhérent à la notion de « mystère ». Le Seigneur, d’une part, accomplit l’oracle du prophète : « J’ouvrirai la bouche pour dire des paraboles, je clamerai des choses cachées depuis la fondation du monde » (Mt 13, 34-35). Il appert ici que la parabole est une analogie qui permet, par le biais d’une proportion de rapports à quatre termes distribués deux par deux sur des plans différents, à partir du plan inférieur mieux connu d’inférer au plan supérieur moins connu. Ici, la parabole a valeur de divulgation. Jésus, d’autre part, peut parler clairement à ses disciples sans user de métaphores : « A vous, il est donné de connaître les secrets du Royaume de Dieu ; les autres, eux, n’ont que des paraboles afin que, voyant, ils ne voient pas, entendant, ils ne comprennent pas » (Lc 8, 10). La parabole tient alors inversement lieu de « loi de l’arcane » : un code secret pour ne pas livrer les perles aux pourceaux !.

Symbole et liturgie

Ce que la parabole est au discours sur le mystère, le symbole l’est à la célébration du mystère. Le symbole, en effet, se présente comme ce type de signe sensible que fait percevoir l’existence d’une réalité qui déborde ce que la rationalité peut en connaître. Non seulement le signifié n’est pas ou plus là (comme dans le cas de la trace ou du vestige), mais il est au-delà. Il ne s’agit pas, à la manière d’un portrait ou d’une image, de reproduire par voie de ressemblance ou d’imitation, ni, comme l’allégorie, de figurer ce qui peut être représenté autrement. Le symbole ne représente pas ou n’imite pas, il « présentifie » la réalité à laquelle il se réfère. Si le sens du simple signe est obvie, voire univoque, le symbole a une signification foisonnante. Il est lui-même inséré dans l’ordre transcendant auquel il renvoie, d’où son caractère sacré. Le symbole, enfin, ne s’adresse pas seulement aux facultés cognitives de l’homme mais à toutes les dimensions de sa personne.
La liturgie use abondamment du symbole pour traduire le mystère. En fin de compte, le symbole liturgique a pour fin de mettre en évidence l’irréductibilité du mystère dans lequel il s’agit d’entrer ! A travers un faisceau de symboles convergents (l’orientation de la célébration, la chorégraphie hiératique mise en scène notamment par l’observance d’un rite et, de ce fait, l’anonymat du ministre, l’utilisation d’une langue non vulgaire, la choix du chant sacré où la musique n’est pas plaquée artificiellement sur la Parole de Dieu mais en exprime l’esprit au-delà de la lettre, la place accordée au silence, etc.), il doit être signifiant que le véritable protagoniste de l’action sacrée, « le sujet de la liturgie », selon l’expression de J. Ratzinger, c’est le Christ.

La révélation des mystères aux simples.

Seule la foi permet d’entrer dans le mystère. Non pas une tradition parallèle ésotérique pour que des sophistes parviennent à une prétendue gnose, mais la foi des simples qui se fient davantage à l’autorité de Dieu qui se révèle qu’à leur propre jugement : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25). Oui, la foi humble est l’unique accès à la profondeur du mystère. Le mystère, c’est Dieu lui-même dans sa simplicité et non pas la formule dogmatique dans sa complexité, même si la formule est utile pour situer le mystère, nécessaire pour enrayer l’erreur et valable en raison de l’assistance divine du magistère. On n’approfondira jamais assez l’observation de Saint Thomas d’Aquin selon lequel « l'acte du croyant ne se termine pas à un énoncé [la formule sur Dieu], mais à la réalité [Dieu luimême] » (Somme de théologie, IIa-IIae, q. 1, a. 1, ad 2). Dès lors, n’est-ce pas effectivement dans la simplicité de la foi que l’on atteint la simplicité de Dieu en son mystère ?

Abbé Christian Gouyaud

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