Dernière modification : 03/06/2017 (Photos des communions)
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La pratique des vertus morales

Auteur : Abbé C. Gouyaud

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La vie chrétienne est fondée sur trois piliers : - les sacrements, signes efficaces de la grâce dont ils sont les canaux ; - la prière, qui consiste à se laisser transformer intérieurement par la Parole de Dieu ; - l’activité morale, qui se déploie dans la culture des vertus. Ce dernier pôle fait l’objet des présentes considérations.

Les blessures de l’âme

Une vertu est une bonne qualité qui perfectionne telle puissance de notre âme afin que cette puissance puisse passer à l’acte en atteignant son objet propre, lequel se ramène en définitive au bien. Cette approche suppose que nos facultés naturelles sont comme entravées pour se mettre en oeuvre convenablement. Ce fait, expérimentalement avéré, porte un nom : le péché originel qui, sans corrompre substantiellement notre nature au point de la rendre inapte à atteindre son objet proportionné, l’a néanmoins laissée vulnérable.
On diagnostique ainsi cliniquement quatre blessures :
- Notre intelligence, dans sa capacité à choisir le vrai pratique, c’est-à-dire à prendre une décision, est meurtrie par l’ignorance ;
- Notre volonté, faite pour le bien, se porte en réalité sur des biens qui ne sont qu’apparents au regard de notre fin dernière : c’est la malice ;
- Cette potentialité en nous, appelée « appétit irascible », à se porter sur des biens difficiles à conquérir, ou du moins à supporter des maux inévitables, est comme neutralisée par une faiblesse congénitale ;
- Quant à notre propension, dite « appétit concupiscible », à nous porter vers des biens délectables – il s’agit du plaisir de soi légitime éprouvé dans la nourriture, la boisson et l’activité sexuelle –, elle est déréglée par la concupiscence qui n’est autre qu’un désir immodéré à l’égard de ces biens délectables.

Les quatre vertus cardinales

Ainsi les puissances de notre âme, qui sont assurément des richesses, ont besoin d’un « tuteur » pour ne pas aller à contre sens de la finalité de la personne humaine vouée au bonheur.

- La prudence viendra opportunément rectifier la mauvaise tendance de notre intelligence pratique à se fourvoyer dans les choix de notre existence : elle fait passer du plan des principes universels (par exemple : mentir est un mal) à celui des cas particuliers (par exemple : suis-je tenu, en cette circonstance, de divulguer ce qui est vrai ?) ; elle assure aux choix en question tant la phase de la délibération en amont que la phase de la mise en oeuvre effective en aval ; elle assigne le « milieu » en lequel gît la perfection de toutes autres vertus (ut infra).

- La justice guérit la volonté affligée par la malice, en rendant à chacun selon son dû : vertu éminemment objective parce que strictement mesurée – il s’agit de rendre ce que l’on doit à qui l’on doit -, la justice nous situe dans un rapport exact aussi bien avec les biens, y compris spirituels comme la réputation, qu’avec les personnes, en commençant par Dieu auquel le culte est dû, et nos parents auxquels nous devons la piété, quand bien même nous serons toujours en défaut tant à l’égard de Dieu qu’à l’égard de nos parents, puisque les dons dont ils nous ont gratifiés (l’être, la vie, etc.) sont inestimables. La justice nous procure le sens du bien commun de la société, qui transcende les intérêts particuliers. Elle s’oppose à l’individualisme qui nous juche sur des « droits » réputés imprescriptibles que l’on revendique ou qui ne nous fait rien céder à des supposés « acquis sociaux » alors même que le corps social est miné par les avantages corporatistes.

- La force nous permet de sortir de la tentation de l’abdication, de la perpétuelle résignation au moindre effort, de la lamentation stérile sur « le malheur des temps » avec ses variations désespérantes sur « la crise » qui ne trouverait son dénouement que sur une intervention immédiate de Dieu. Trop facile ! La force nous donne l’audace de repousser le mal pour autant qu’il dépend de nous de contribuer à l’écarter. Elle nous permet la maîtrise de notre âme par la patience qui nous fait supporter les maux de cette vie pour autant qu’ils s’imposent à nous.

- La tempérance régule nos appétits sensibles. Il ne s’agit pas de parvenir à l’ataraxie stoïcienne, car le plaisir n’est pas de soi mauvais. Il est voulu par le Créateur pour accompagner les fonctions vitales à la conservation de l’individu et à la reproduction de l’espèce. La tempérance légitime le plaisir pour autant que l’acte de manger, de boire ou de s’unir conjugalement, n’est pas isolé de la finalité susdite. Que dirait-on d’un homme qui ne mangerait que pour le plaisir et vomirait ensuite ses aliments ? Faim, où est ta fin ? Ainsi en est-il, mutatis mutandis, de l’autosexualité, de l’homosexualité ou même de l’hérérosexualité lorsque celle-ci se ferme à la fécondité. La tempérance modère là où la concupiscence exagère. Elle nous dit, pour préserver notre équilibre psychique : A consommer avec modération ! Elle tâche de nous faire parvenir à la maîtrise des instincts par la raison et la volonté dans un domaine il est vrai particulièrement chaotique.

Ces quatre vertus sont dites « cardinales » parce qu’elles sont des charnières. Autour d’elles gravite et pivote toute la vie morale. Toutes les autres vertus morales se ramènent à elles. In medio stat virtus : la vertu se tient dans un milieu entre l’excès et le défaut. Il ne s’agit pas d’un milieu horizontal de platitude entre deux vices opposés dont la vertu en question tenterait une synthèse hasardeuse ! Il s’agit d’un milieu vertical d’altitude, d’un sommet qui ne participe aucunement des vices par excès ou par défaut qu’il dépasse.

L’éducation aux vertus

En réalité, éduquer, c’est faire acquérir des vertus. Pour Aristote, le terme « éduire » (en latin e-ducere) signifie techniquement : faire passer de la puissance à l’acte. Un enfant est doté de ressources latentes, de virtualités insoupçonnées qu’il s’agit précisément d’exprimer. Comment ? Par l’acquisition et la culture des vertus qui viendront soutenir ces puissances blessées pour qu’elles s’actualisent en atteignant leur bien connaturel. C’est là l’oeuvre propre de l’éducation (et non pas avant tout l’instruction, c’est-à-dire la communication d’un savoir). Un enfant vertueux sera un adulte libre ! Mais c’est aussi le dessein de l’ascèse chrétienne. Un chrétien vertueux est émancipé à l’égard de l’esclavage du péché. Chacun d’entre nous n’en fait-il pas l’expérience cruciale ?

Comment acquiert-on une vertu ? C’est en forgeant qu’on devient forgeron ! On acquiert une vertu par la répétition des actes de la vertu en question. Par exemple, tout paresseux à l’égard du labeur intellectuel que je suis, je deviens studieux en… étudiant ! Quand saurai-je que je suis enfin devenu vertueux ? Quand ces actes, de difficiles, pénibles et éphémères qu’ils étaient, deviendront faciles, délectables et s’inscriront dans la durée !

En régime chrétien, les vertus sont non seulement acquises ou naturelles, mais infuses ou surnaturelles. Dans le cas de l’adulte, Dieu donne par sa grâce ce que l’homme acquiert par son labeur. Ces deux ordres se doivent correspondre faute de verser soit dans le naturalisme soit dans le supernaturalisme – qui sont pour le coup deux erreurs opposées à la doctrine catholique ! En d’autres termes, selon la maxime frappée de bon sens chrétien : Aide-toi, le Ciel t’aidera ! On a là une illustration particulièrement expressive du rapport harmonieux entre la nature supposée et la grâce performante.

En régime chrétien, surtout, nous avons le Christ qui pratiqua suréminemment toutes les vertus. La contemplation admirative des dispositions fondamentales de son âme est encore le meilleur stimulant pour nous mettre sur le chemin de l’acquisition des vertus, afin de ressembler au Dieu invisible qui a pris chair afin d’être pour nous le modèle à imiter et l’exemple à suivre.

Abbé Christian Gouyaud

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