Dernière modification : 03/06/2017 (Photos des communions)
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La dévotion des vêpres : quelques grands exemples

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Hymne

A tous les âges, dans les rangs laïcs, les vêpres ont eu leurs dévots notoires dont l’histoire, avec les particularités qui s’y rattachent, constituerait à coup sûr un chapitre de psychologie religieuse des plus attachants. Durant le Haut Moyen-Age, c’est Charlemagne et Robert le Pieux, qui, se tenant habituellement au lutrin revêtus de la chape cantoriale avec leur sceptre en main en guise de bâton de préchantre, dirigent le chœur non seulement aux vêpres, mais à matines et à la messe. Au Moyen-Age même, c’est saint Louis qui, chaque jour, entend les vêpres dans sa chambre, agenouillé sur le pavé et se les fait réciter près de son lit quand il est malade. Ce sont, pour la période qui suit, ces livres d’heures si artistiquement illustrés et enluminés, dont l’existence en dit long sur le cas que l’on fait alors, parmi les fidèles de la prière liturgique.

C’est au XVIIe siècle Pascal, dont la soeur témoigne de l’estime incomparable en laquelle il tenait le psautier, que nous surprenons notant d’un trait fébrile, au retour des vêpres à Port-Royal, l’antienne Exortum est in tenebris lumen rectis corde, qui l’a plus particulièrement frappé. C’est Racine écrivant à son fils, le lundi de Pâques, 31 mars 1688 : « Sur les trois heures, comme je prenais mon livre pour aller à vêpres », comme de la chose la plus naturelle du monde. C’est Louis XIII, à qui il arrive de diriger lui-même de la voix et du geste la psalmodie des vêpres dans la chapelle de l’Oratoire, si bien que le Père Bourgoing pourra la comparer, dans son David françois ou Traité de la saincte psalmodie, au roi d’Israël chantant sur la harpe, au milieu du chœur des juifs, et dont l’agonie de grand style, relevée de réminiscences scripturaires, fait l’admiration de Vincent de Paul qui l’exhorte. C’est Michel le Tellier, dont les saintes prières des agonisants réveillent la foi et dont l’âme « s’épanche dans les saints cantiques », à ce point qu’on dirait qu’il soit devenu un autre David par l’application qu’il se fait à lui-même des saints cantiques » (Bossuet, Oraison funèbre de Michel le Tellier).

Plus près de nous, c’est Veuillot, spectacle charmant, s’acclimatant pas à pas, sous la conduite de sa jeune femme, aux vêpres qui, longtemps, lui avaient été étrangères. Si « nulle autre femme au monde ne connaît mieux que Mathilde un pourpoint d’avec un haut-de-chausse » ; si elle est experte comme pas une à « faire béguins, brassières et même des souliers pour un petit inconnu qui va venir occuper sa place dans le monde... », elle « ne fuit absolument pas la lecture. Elle lit régulièrement la vie des saints du jour..., et c’est toujours elle qui me montre où l’on en est des vêpres... » A l’Abbé Morisseau, le 12 juillet 1946 : « Adieu, très cher ami, on veut que j’aille aux vêpres, et je vous laisse. » Le même jour, à M. de Dumast : « Adieu, très cher ami, il faut que j’aille aux vêpres ; ma femme le veut, et sans doute Dieu aussi. » (Veuillot, Correspondance, t. II, pp. 154, 191-192)

C’est Barrès, étranger pourtant à la vraie foi, tout en n’en goûtant pas moins vivement les choses religieuses, qui rend un vibrant hommage au souvenir qu’il a gardé de ses vêpres de collège : « Je vous salue, longues après-midi des vêpres aux collèges. C’est sur vous que s’appuie, c’est à vous que se relie le sentiment confus qui m’emplit et me fascine. Ces mots latins, ces accents monotones, ces psaumes savent trouver le chemin des ruines de ma jeunesse dans mon coeur. Après une quarantaine d’années, voici que des terrains ensevelis se réveillent, se font connaître en moi, me livrent enfin une source abondante, fleurissent en rêveries. Comme ces verrières bleues et violettes des cathédrales où se repose mon regard, cette mystérieuse liturgie attire et repose mon esprit. » (Barrès, Cahiers, t. VIII, p. 335) Sans doute n’y a-t-il peut-être pas à faire grand fonds sur cette tirade sentimentale et romantique. L’on ne sait au juste où le « littéraire » et l’« artificiel » finissent et où le « réel » commence. « Impression d’esthète plus que de chrétien », note justement dans son Pourquoi les Vêpres ? Mgr Villepelet, évêque de Nantes, citant ces lignes, tout en reconnaissant d’ailleurs qu’elles n’en sont pas moins « un des plus beaux hommages rendus à la magnificence ces vêpres. » (Mgr Villepelet, Pourquoi les Vêpres, pp. 36-37)

Et cet aveu non moins caractéristique, extrait des Cahiers de l’illustre écrivain : « Je me rappelle comment mon père, qui n’allait pas à l’église, aimait à répéter ce début de psaume : Quand Israël sortit d’Egypte et du milieu d’un peuple barbare. Sans doute Rosalie, la servante par qui il fut élevé, le menait aux vêpres... Ces sonorités, ce sont des nuées qui viennent se former dans notre conscience, ce sont des paysages de l’âme... Ces belles formules abréviatives, ces rêves, ces visions apaisent, rassénèrent. Le plaisir de les comprendre, de s’accorder avec eux et avec leur musique. Il y a deux choses dans ce bien-être que me donne la liturgie : elle le relie à mon enfance, elle me propose des formules habituées à trnaquilliser les hommes de ma race, mon raisonnement acquiesse à leur discipline, - tel le psaume Beatus Vir qui me parle de Byron et de Goethe, et ma rêverie éveille... » (Barrès, Cahiers, t. VIII, p. 9)

J’en passe, et des meilleurs, ne visant nullement ici à l’anthologie. Bienheureuses époques, dira-t-on peut-être, que celles où la religion, au lieu de ne rencontrer dans l’atmosphère que des principes contraires et délétères, y trouvait un répondant, une aide et un secours. Sans doute, mais ne soyons pourtant pas pêcheurs de lunes, et n’allons pas nous imaginer que, même au Grand Siècle, l’assistance aux vêpres était chose tellement acquise et passée dans les moeurs, qu’il n’était besoin en rien d’y ramener l’attention des fidèles. Pascal nous ouvre les yeux quand il écrit : « Il y a beaucoup de gens qui écoutent le sermon de la même manière qu’ils entendent vêpres » (Pascal, Pensées, 8), c’est-à-dire avec une inattention manifeste. « Négliger vêpres comme une chose antique et hors de mode », note de son côté La Bruyère parmi les tares de la dévotion du temps. Ce qui ne veut nullement dire pour cela, comme on ne manque pas de l’insinuer indûment pour se rassurer, que toutes les époques se valent, mais qu’à chacune d’elles, fût-elle la meilleure, la cause des vêpres a toujours eu besoin d’être plaidée.

Denys GORCE, extrait de Allons aux Vêpres.

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